Éditos

Bulletin de la Communauté Catholique du Pays Mornantais

Éditeur en chef du comité de rédaction,
de mars 2015 à septembre 2020,
j’avais accepté de rédiger les éditos
de ce bulletin trimestriel paroissial
tiré à 12 500 exemplaires

Les exemplaires sont également disponible en version numérique depuis 2013 sur le site web paroissial du Pays Mornantais.
Lors de la création de ce site, que j’ai mis en place en 2017, l’objectif de ma participation  était d’une part de  minimiser le coût de fabrication initial et les frais annuels récurrents, et d’autre part garder la main complète sur le contenu ainsi que sur la présentation du site. J’ai proposé pour cela d’utiliser le Système de Gestion de Contenu WordPress hébergé chez OVH pour 3,60 € TTC mensuels (tarif 2022). Une occasion pour moi de découvrir les possibilités de ce CMS adopté pour ce site KIRSCH depuis 2019.

 

Une nouvelle évangélisation ?

Juin 2020 – No 338

Dans la littérature, je me souviens avoir lu, à propos des chrétiens, une critique déjà bien ancienne

« Ils attendraient le royaume, ils ont eu l’Église ».
Aujourd’hui dans la rue je peux entendre
« L’Église ne m’intéresse pas ! Où est la charité du Christ ? »

Il est vrai que, moi aussi, s’agissant de l’Église-Institution, je ressens souvent le poids d’un système sclérosé s’épuisant à faire passer une réflexion et un mode de pensée qui ont pu être à la pointe de la connaissance il y a de nombreux siècles mais qui dans l’Église catholique d’aujourd’hui semblent archaïques aux yeux de nos contemporains.

Si la matière première des textes sacrés n’a pas changé, les apports, au fil des siècles, de la philosophie, de la psychologie, des techniques archéologiques, de l’histoire et de l’étude des textes anciens permettent de porter aujourd’hui un regard nouveau sur ces mêmes sources textuelles. Les publications apportant un air neuf ne manquent pas, et Vatican II est encore largement à faire entrer dans les esprits et les pratiques. De nombreuses interprétations anciennes, qui ont pu être les meilleures possibles à un moment donné de l’histoire sont assurément à revoir.

Aussi urgente, sinon plus, me semble la question de la formulation, du langage utilisé pour transmettre le message chrétien. L’énoncé de notre foi, de ce que nous croyons, des mystères intemporels des sources originelles doit absolument être actualisé dans sa forme pour être audible par des oreilles contemporaines et comprise dans la culture du 21e siècle. Encore faut-il, pour que cette refonte puisse avoir lieu, abattre beaucoup de tabous, libérer la parole, poser les bonnes questions, chercher des réponses multiples et adaptées en laissant souffler l’Esprit chez chacun de nous.

En ce début d’été j’ai entendu pendant quelques dimanches ce leitmotiv en trois points adressé aux chrétiens

« n’ayez pas peur, osez parler, ayez confiance ».

Qu’attendons-nous d’autre ? L’Église c’est nous. Nous avons une cervelle pour réfléchir, du temps pour cela, la divine inspiration de l’Esprit-Saint et un bulletin trimestriel pour nous exprimer à volonté. Envoyez-nous vos commentaires sur le contenu du dossier « Foi, Religion, Croyance » du numéro 327, ils seront les bienvenus.

Pour faciliter les choses aux utilisateurs des technologies numériques, allez sur le blog paroissial et postez votre commentaire en bas de l’article « Foi, Religion, Croyance » : https://paroisse-en-mornantais.catholique.fr/cinq-mots/

Robert kirsch
Juin 2020

En chemin vers Pâques

no 337 le signal en chemin vers paques

Mars 2020 – No 337

Certes, nous approchons de Pâques, de la résurrection du Christ, mais ma route ne s’arrêtera pas là, du moins je l’espère ! Ça revient tous les ans, rythmant le calendrier des chrétiens depuis 2000 ans.

Il s’agit, plus précisément d’une commémoration, d’une histoire passée définitivement une fois pour toutes il y a bien longtemps. Aussi, mes certitudes sur cet événement extraordinaire, littéralement incroyable, se résument à peu de chose. Par ailleurs les textes bibliques semblent me confirmer que seuls le mythe, la poésie, l’art, la musique sans doute, peuvent suggérer l’insondable mystère divin.

Je dois faire avec ce handicap, avec les témoignages qui nous sont parvenus interprétés en différentes langues, avec mes neurones fatigués, avec les dogmes de l’Église, avec la littérature savante accumulée sur le sujet au fil des siècles.

Dans l’Évangile de Marc que nous avons pu entendre ces jours-ci (ch. 9 après la transfiguration), Pierre, Jacques et Jean eux-mêmes déjà, se demandaient entre eux : « ce qu’il entendait par “ressusciter d’entre les morts ».

Il me paraît évident que je finirai mes jours, comme beaucoup d’autres chrétiens, avec une vision tout imparfaite des choses, des événements, de moi-même, de la nature, de Dieu. Cela ne m’empêche pas de profiter de ce carême pour faire le point, un arrêt sur image, une étape de réflexion dans ma courte vie.

Les articles et témoignages de ce numéro vous amèneront peut-être, vous-mêmes, sur des pistes de réflexion inédites. Soyez dans la joie, Christ a vaincu la mort.

Robert kirsch
Mars 2020

La confiance

no 336 lesignal la confiance

Décembre 2019 – No 336

Souvent, je me pose la question d’un lien entre optimisme et confiance. C’est comme la
poule et l’œuf! Optimiste parce que je fais confiance, ou confiant parce que je suis optimiste ?

Il me semble que l’un ne va pas sans l’autre. J’ai toujours eu le sentiment d’être une fugitive étincelle de l’humanité, de faire partie de ce monde, de la nature, de l’univers, d’un Tout qui me dépasse largement. De ce fait, je deviens le frère des autres humains embarqués dans la même grande aventure vers l’inconnu.

La confiance en l’avenir se traduit pour moi par un optimisme à long terme qui m’a permis, jusque-là, de surmonter les aléas du moment. Lorsqu’il part pour une course en montagne, l’alpiniste a confiance en ses capacités, fait confiance à ses compagnons de cordée, mais a confiance en la montagne dont il est amoureux. N’est-ce pas le symbole de ce que l’on désire pour un nouveau-né et pour une jeune personne devenant adulte, face à leur avenir ? Ne leur souhaite-t-on pas spontanément la confiance en eux-mêmes, la confiance en leur entourage qu’ils aiment et dont ils se sentiront aimés ?
Mais encore la confiance en la Nature, en la Vie, ou en Dieu ? C’est ainsi qu’ils pourraient vivre joyeux, épanouis et heureux.Ces pensées me rappellent le titre du livre publié par notre évêque auxiliaire Mgr Gobilliard et proposé à la lecture dans LE
SIGNAL n° 335 :

« Aime et ce que tu veux, fais-le »

À l’approche de Noël et pour commencer la nouvelle année, suivons l’invitation de ce titre (citation de St Augustin vers la fin du 4e siècle), avec amour vivons joyeux, épanouis et heureux.

Le comité de rédaction vous souhaite un
Noël confiant, plein d’amour et de paix
R. K.

Une société en évolution

no 335 lesignal une société en evolution

Septembre 2019 – No 335

« On avait toujours dit que les astres étaient fixés sur une voûte de cristal pour qu’ils ne puissent pas tomber. Maintenant nous avons pris courage et nous les laissons en suspens dans l’espace, sans soutien, et ils gagnent le large comme nos bateaux, sans soutien, au grand large. Et la terre roule joyeusement autour du soleil, et les poissonnières, les marchands, les princes, les cardinaux et même le pape
roulent avec elle. » La Vie de Galilée – Bertolt Brecht

Il faut se rendre à l’évidence, ainsi évolue la société, entre toujours évolue la société, entre toujours et maintenant, entraînant ses institutions dans des ajustements
jamais définitifs et ses membres à se remettre en question de manière récurrente. Même si nous faisons usage du même mot, de la même phrase, du même poème, le sens que nous leur donnons dérive de notre filtre culturel personnel. Rien de ce que nous voyons aujourd’hui, n’a pour nous, le même sens que pour nos ancêtres: ni les
peintures rupestres préhistoriques, ni l’antiquité méditerranéenne, ni ni l’antiquité méditerranéenne, ni les révolutions, ni Vatican Il, ni mai 68, etc.

Entre générations, il est courant de constater que les aînés comprennent mal les modes
de vie des générations qui leur succèdent. Pourtant l’avenir est entre les mains des plus jeunes. Leur participation enthousiaste aux grands rassemblements de cet été est porteur d’espérance. C’est une raison suffisante pour leur faire confiance lorsqu’ils
prennent courageusement leur destinée de jeune adulte en main, car nous osons rappeler ce mot d’Albert Camus :

« II y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser. »

Le dossier de ce numéro pourrait alimenter votre réflexion ou vous inciter à nous envoyer vos commentaires.

Bonne rentrée.
R. K.

Les vacances

no334

Juin 2019 No 334

Programme de l’été

Le soleil nous réchauffe le cœur, l’été est là, les vacances rythment
nos années depuis bientôt un siècle déjà. La plupart d’entre nous a
oublié qu’il n’en a pas toujours été ainsi, et pourtant beaucoup de
nos concitoyens ne partiront pas en vacances cet été.

Malgré tout, que ce soit à la maison ou en vacances lointaines, nous
aurons sans doute plus de temps disponible qu’à l’accoutumée. Ce
sera le moment de se reposer de ses fatigues, sortir de son cadre
habituel, se poser des questions, lire, faire de nouvelles rencontres,
de nouveaux amis… Pour certains, ce sera l’opportunité d’un petit
« plus », une remise en question, la visite d’un sanctuaire…

Au long de l’année on se dit parfois « déjà six heures, déjà vendredi,
le mois est déjà fini… ». Mais pendant les vacances, avec plus de
disponibilité, cherchons à avoir des activités qui nous plaisent, sourions aux choses de la vie qui mettent du baume au cœur.

Profitons sereinement du temps qui passe. Ne laissons pas pour plus
tard les meilleurs moments, les meilleures expériences, les meilleurs
amis, la meilleure famille… Soyons ouverts, accueillants, bienveillants
aux autres… et à soi-même, sous le regard de Dieu, au soleil de l’été.

« Ne vous inquiétez donc pas pour le lendemain ; le lendemain
s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6, 34)

R. K.

De l'espoir à l'espérance

no333

Mars 2019 No 333

Les synonymes comme espoir et espérance ont un sens voisin, la différence de sens peut paraître importante aux uns, subtile, insignifiante ou inexistante à d’autres.

Dans l’espoir j’attends la réalisation dans l’avenir de quelque chose de désirable.Dans l’espérance, j’ajoute la confiance, ou une certitude, comme supplément indispensable.

Le mot espérance apparaît dans le christianisme vers 1100 et désigne par la suite l’une de ces trois vertus théologales : Foi, Espérance et Charité. Le chrétien, en faisant confiance en la promesse de Jésus, attend un bonheur certain, radieux et éternel, il est alors dans l’Espérance chrétienne.

Par extension, l’espérance marxiste, faisant confiance à Marx, attendait un Grand Soir désirable et radieux. Pour nos parents l’expression au pluriel « avoir des espérances » sous-entendait une grossesse ou la perspective d’un héritage !

Pendant le carême, à l’approche de Pâques, toute la chrétienté se prépare à fêter la Résurrection de Jésus. Elle renforce son Espérance, c’est-à-dire sa confiance en Dieu nous annonçant une Vie éternelle. Les disciples d’Emmaüs, après leur rencontre avec le ressuscité, « retournèrent à Jérusalem avec une grande joie », comme eux, soyez dans la joie de la résurrection du Christ-Jésus.

Joyeuses Pâques
R. K.

Dieu et l'Homme

no332

Décembre 2018 No 332

Chaque individu est unique, ce n’est pas la première fois que vous entendez cela. Je peux enchaîner en disant, unique par son physique, sa pensée, sa vision du monde. Cela m’oblige à accueillir les différences entre ma manière d’être moi et celle des autres d’être eux.

Alors, qu’en est-il avec Dieu, qui est à l’affiche de ce bulletin ? Je suis bien conscient que l’image que je me fais de Dieu n’est pas celle de mon voisin de banc. Autant de participants à une messe, autant de sensibilités religieuses différentes, de représentations diverses de la foi en Dieu, de représentation de Dieu lui-même. En l’absence de compréhension, dire que je connais Dieu ne serait qu’une façon mensongère de me rassurer. Pour moi, il s’agit plus d’un vécu que d’une connaissance.

Pour E. Mounier, dans notre dossier, l’Homme est habité par un « besoin d’infini », il peut mettre sa confiance dans un « Être suprême où dialoguent intimement des personnes… ». H. Reeves de son côté s’interroge « Entre les dogmes des religieux et les certitudes des athées, il y a de la place pour des spiritualités questionneuses ».

Peut-être suffirait-il d’être plus humain pour être plus à l’image de Dieu ? Dans le monde entier, nous avons fixé au solstice d’hiver la date pour fêter son humanité, son incarnation. Profitons-en pour passer un joyeux Noël ensemble, en famille, avec des amis, et offrons-nous dans la bienveillance, nos trésors de différences.

L’équipe de rédaction vous souhaite
à tous un Noël plein d’amour et de paix
R. K.

Joie et Alégresse

no331

Septembre 2018 No 331

Hilarion synonyme de Joie et Allégresse ?

Hilarion est ce jeune prêtre Burkinabé qui a remplacé en juillet, puis en août, nos pasteurs en vacances d’été. Son prénom, équivalent de Hilaire, Hillary, Hilário… emprunté au latin hilaris venant du grec ilaros (ίλαρος), signifie joyeux, gai, voir hilare ? Nous voilà dans le sujet du dossier de ce bulletin.

Avant de nous quitter, Hilarion nous a laissé ci-contre un témoignage de sa rencontre avec les paroissiens. Le dossier reprend le titre de l’exhortation apostolique du Pape François, Gaudete et exsultate dont vous trouverez un extrait sur l’humour. Dans son Billet, Jean-Luc nous parle de la sainteté ordinaire de tout un chacun qui est le fil directeur de l’exhortation papale.

L’été qui s’achève vous a sans doute apporté des émotions agréables, je le souhaite en tout cas. C’est l’occasion de se rappeler que la vie nous apporte malheurs et bonheurs, peines et joies, qu’il est utile d’exprimer pour les partager. La morosité s’envole si je ferme la télé et que j’ouvre les yeux sur la beauté du monde qui m’entoure et les joyeuses frimousses que je rencontre au quotidien.

Soyons saints tous les jours, en mangeant sainement pour vivre joyeusement avec humour, sans perdre le réalisme pour autant : il est dans notre pouvoir d’éclairer les autres d’un esprit positif rempli de joyeuse espérance

R. K.

Les animaux, amis des hommes

no330

Juin 2018 No 330

J’espère que vous lirez avec intérêt les articles du dossier de ce numéro « Les animaux, amis des hommes ». Sans parler de la nourriture qu’ils incarnent depuis nos ancêtres chasseurs, ils méritent notre respect, les sauvages pour leur débrouillardise, les domestiques pour leur collaboration. Où en serions-nous sans l’aide précieuse de leur force musculaire ou de leurs capacités spécifiques mises à notre disposition depuis des millénaires ?

Entre différentes espèces la communication est difficile, ou impossible, pourtant, nous écoutons chanter les oiseaux avec plaisir sans comprendre ce qu’ils se racontent, de même un chien peut écouter avec attention son maître lui parler longuement. Cela fonctionne dans les deux sens entre l’homme et l’animal. Nous pouvons ressentir une
connivence avec notre chien, nous savons parler au cheval pour le faire avancer, tourner, s’arrêter, tout en ayant souvent des difficultés de compréhension entre humains. L’astrophysicien Hubert Reeves, dans compréhension entre humains. L’astrophysicien Hubert Reeves, dans son livre Le banc du temps qui passe, évoque à plusieurs reprises son chat aux beaux yeux verts :

« Je le regardais et il me regardait. J’avais l’impression que nous partagions la même question: qu’est-ce qui se passe dans sa tête ? À quoi pense-t-il en me regardant ? Je voyais le mystère du monde se refléter dans ses yeux: là devant moi, mais hors de portée. […] Il faut nous attendre à être parfois dépassé par la réalité. »

Alors avec Dieu, Le Tout Autre, comment communiquer ? La période des vacances approche, serait-ce le moment d’essayer ? À chacun de se laisser dépasser en tentant l’aventure, en attendant, je vous souhaite un très bel été.

Robert Kirsch

Fleuris là où Dieu t'a planté

no329

Mars 2018 No 329

Perdu quelque part, sur la terre, près de ce soleil dont j’aime sentir la chaleur sur ma peau, dans notre galaxie lactée, faisant partie d’un amas de galaxies lui-même perdu parmi d’innombrables autres amas, recoin d’un superamas appelé Laniakea dans un univers démesuré, c’est là que je suis planté, me posant l‘éternelle question du sens de la Vie.

Peut-on, puis-je donner un sens à la Vie, à ma vie ?
Saint François de Sales,autour des années 1600, y répond avec limpidité :
« Fleuris là où Dieu t’a planté ».

Dans le dossier de ce bulletin les rédacteurs ont exploré quelques pistes suggérées par le Savoyard. Il me semble bien que nous n’ayons pas d’autre alternative, c’est à nous de donner du sens à notre vie, sans même philosopher longuement ou doctement. Que l’on soit petit ou grand, il y a toujours une possibilité d’être quelqu’un de précieux pour
les autres. Voyez l’histoire de la cruche fendue du billet de Jean-Luc (page 10). Tête bien faite ou lézardée, là n’est pas la question, chacun fait avec, là où il est pour vivre avec amour, fleurissant, produisant du fruit, en relation avec son entourage.

Robert Kirsch

Solidarité

no328

Décembre 2017 No 328

Le monde qui nous entoure nous est rarement présenté par les médias sous un aspect optimiste. De plus, les mots choisis ne sont pas anodins, ils traduisent une manière d’être.Le vocabulaire utilisé révèle la face cachée de la pensée contemporaine :

  • Lorsque nos frères humains se font tuer, l’actualité nous apprend qu’ils sont abattus!
  • En politique, on parle de pouvoir lorsqu’il s’agit de service à nos concitoyens!
  • Pourquoi faire valoir l’autorité dans de nombreuses relations, en oubliant l’humilité ?
  • Dans d’autres situations, l’on cherche à dominer alors qu’il serait plus judicieux de s’entraider!

Pourtant, un monde plus chaleureux enrichit notre vie. En France, solidarité et coopération sont les énergies renouvelables de centaines de milliers d’associations de bénévoles. Celles-ci tissent des rapports humains authentiques, donnent du sens à nos existences. Partie intégrante de la nature, l’humanité depuis ses origines ne doit-elle pas sa survie à la solidarité ? Jean-Marie Pelt, nous faisait remarquer que « le vivant prospère et s’épanouit par la coopération plus que par la concurrence ». La nature tout entière est en symbiose avec l’Homme.

Les auteurs des articles du dossier témoignent d’une solidarité concrète avec nos frères proches et lointains. Ils nous interpellent en parlant de personnes très diverses ou de lieux très éloignés. Ces exemples-là, de nos communes et paroisses, loin d’être exhaustifs (*), donnent pourtant un aperçu de ce que la vie peut porter d’espoir.

Les occasions pour devenir plus solidaire ne manqueront certainement pas en cette traditionnelle période de fin d’année. Nous vous souhaitons un Joyeux Noël en solidarité avec la famille, les amis, nos concitoyens et nos frères lointains, ainsi qu’une très heureuse année 2018.

Robert Kirsch pour l’équipe éditoriale

(*) Nous aurions pu parler de Terre Roumaine (Cenade), Emmaüs (Mornant), Hospitaliers de Lourdes, et de bien d’autres encore.

R. K.

Foi, Religion, Croyance

no327

Septembre 2017 No 327

Aujourd’hui dans la rue j’entends

« L’Église ne m’intéresse pas ! Où est la charité du Christ ? »

Dans la littérature, je me souviens avoir lu, à propos des chrétiens, une critique déjà fort ancienne « Ils attendaient le royaume, ils ont eu l’Église ». Cela m’a rapproché du dossier de ce numéro Foi, Religion, Croyance.

Pendant quelques dimanches aussi, en ce début d’été, j’ai entendu un leitmotiv, en trois points, adressés aux chrétiens « n’ayez pas peur, osez parler, ayez confiance ». Qu’attendons-nous d’autre ? L’Église c’est nous. Nous avons une cervelle pour réfléchir, du temps pour cela et la divine inspiration de l’Esprit Saint.L’énoncé de notre foi, de ce que nous croyons, des mystères intemporels, est à actualiser dans sa forme pour être compris dans la culture du 21e siècle. Il reste des tabous à abattre, des paroles à libérer, des questions à poser, des réponses multiples et adaptées à trouver en laissant souffler l’Esprit chez chacun de nous. Les publications apportant un air neuf ne manquent pas, le trésor de Vatican II est loin d’être épuisé et encore largement à faire entrer dans les mentalités et les pratiques.

La période estivale nous ayant reposé les neurones, pour cette rentrée scolaire, apprenons à décoder les multiples manières par lesquelles Dieu nous parle textes lus ou entendus, événements vécus, admiration devant la nature, personnes rencontrées…

Vive la rentrée
R. K.

Afflux de contributions sur ce thème

Le thème de ce numéro a stimulé un volume inattendu de contributions et tout n’a pas pu être publié dans ce bulletin, si bien que les lecteurs qui ont accès à internet ont pu poursuivre la lecture et participer à la discussion sur  Vous avez la parole  C’est ainsi que j’ai fait paraitre la contribution ci-dessous.

En ajoutant Vérité et Dogmatisme à Foi, Religion, Croyance, au thème de ce numéro, cela fait cinq mots sur la table de discussion. Par manque de place, ce texte n’a pu être inséré dans le bulletin LE SIGNAL, c’est pourquoi il est proposé ici à la discussion.

Cinq mots sur la table de discussion

1 – Foi

La foi peut-elle reposer sur l’intellect ou seulement sur le sentiment et l’émotion ? Jean-Paul II en 1998, dans Fides et Ratio (la foi et la raison), distinguant foi et croyance, mettait en avant l’usage de notre intelligence :  « la croyance c’est l’abandon de la raison, l’abandon de la foi cherchant l’intelligence ».

D’où vient-elle, est-ce un don ? Ma foi, je peux dire que pour moi, elle ne fonctionne pas en tout ou rien et son périmètre est mouvant. Elle ne cesse d’évoluer. Celle de mon enfance est enterrée depuis belle lurette et celle de la jeunesse est recouverte en partie par celle de l’âge mûr. Il s’en suit que ma foi personnelle est comme pour de nombreux croyants, je suppose, un ensemble de croyances diverses en Dieu, au surnaturel, en un idéal, à des dogmes. J’entends d’ailleurs fréquemment de nombreuses variantes personnelles sur le dosage entre la croyance en Dieu et la croyance ou non aux dogmes.

Que le contenu de ma foi et sa signification fasse l’objet de ma recherche spirituelle me paraît aller de soi comme quelque chose d’ordinaire ou de naturel. De même, j’ai la conviction profonde que je quitterai cette terre, sans beaucoup de certitudes, mais avec confiance, sans avoir compris grand-chose à ce qui m’attend ni à ceux qui m’attendent. Cela m’étonne d’ailleurs d’avoir ainsi confiance dans l’inconnu. Il y a une part d’optimisme aveugle, mais dans le fond, c’est moins surprenant si je considère que j’ai confiance en Quelqu’un que j’ai l’impression de connaître un peu par ses témoins.

Au moment où j’écris ces lignes, se tient du 18 au 24 août à Abondance, Haute Savoie, l’Université d’été des jeunes catholiques de Lyon sur le sujet de la foi. Il s’agit de les aider à y voir clair, à savoir où et comment trouver les réponses à leurs questions. Le Père Martin Charcosset, l’un des organisateurs, explique « ils [les participants] acquièrent un peu plus d’autonomie dans leur rapport à la foi, développent le goût de la recherche intellectuelle qui s’affranchit des réponses toutes faites » .

2 – Religion

Qui dit religion, dit système institutionnalisé de croyances et de pratiques propres à la communauté qui y adhère. Croyances et religions sont associées pour se conforter les unes les autres. Cela a quelque chose à voir avec la notion de sacré. Mais alors que le terme sacré a un équivalent dans toutes les langues, sur tous les continents, il semble que le concept de religion, se réclamant d’universalité, n’est que strictement occidental, issu du bassin méditerranéen. La religion suppose la croyance en la révélation d’une Vérité éternelle et l’entretien d’une relation avec le surnaturel. Dans les religions monothéistes en particulier, elle se traduit par la croyance en un Dieu en qui on accorde sa confiance : la foi en

  1. Une révélation par les témoignages de l’expérience mystique et prophétique accumulés pendant des millénaires, ou par un messie.
  2. Une vérité éternelle débarrassée des styles de narration et des modes de pensée du moment. Vérité cachée transmise oralement et sous-jacente aux textes sacrés rédigés, recopiés, complétés, traduits et transmis par des générations d’hommes. Il n’y aura, pour moi, jamais de certitude absolue, ni de service clé en main, sans recherche personnelle.
  3. Une relation avec le surnaturel par une communion avec Dieu, avec les générations passées, dans la prière. La chrétienté a laborieusement diversifié et formalisé, comme elle a pu, ces pratiques au fil des siècles.

La traduction de mes croyances, de ma religion, de ma foi, c’est ma vie, c’est ma trajectoire. Je ne parle pas en votre nom, ni à votre place, mais vous avez la parole.

3 – Croyance

Un besoin de croire au surnaturel ? Les croyances de l’Humanité au surnaturel me paraissent exister depuis la nuit des temps. Convictions non validées par la raison, issues de la confiance en la personne qui les transmet, faut-il les assimiler à un besoin social, un besoin fondamental de l’Homme au vu de sa fréquence ? Un besoin affectif attrayant pour beaucoup d’entre nous ? Il est vrai que chacun peut entretenir ses propres croyances, mais dès lors que l’on se rassemble entre personnes partageant les mêmes convictions, il est plus facile de les entretenir et elles semblent ainsi se renforcer.

C’est d’ailleurs un des problèmes majeurs des réseaux sociaux où des millions de personnes peuvent partager et diffuser une fausse rumeur. Elles y croient de plus en plus à mesure que le nombre des partages augmente et que le contenu corresponde à une idée qui leur convient ; on est aux antipodes de la vérité. Le phénomène étant bien connu et étudié, des lanceurs de fausses nouvelles s’en servent avec succès pour jeter le discrédit sur une information vraie qui les gêne.

4 – Vérité

La recherche de la vérité est-elle encore à l’ordre du jour ? Jacques Bouveresse se demande « Est-ce une indifférence, devenue presque complète, à la question de la vérité qui vaut à la religion ce regain de sympathie et de prestige qu’elle connaît [dans certains milieux] plutôt qu’un désir plus grand de vérité ?  » Autrement dit la motivation, de beaucoup de demandeurs de spiritualité, ne serait pas la recherche de la vérité, mais le besoin d’une religion quelconque, combinée à une dose d’ignorance de ce qu’elle est, et d’indifférence envers son contenu doctrinal.

Il n’est pas évident de faire l’effort de s’expatrier pour bénéficier d’un système politique qui nous conviendrait mieux que celui du pays où l’on vit, mais aujourd’hui, pour changer de système de croyances (de vérités), chacun peut s’expatrier facilement dans un ailleurs en faisant librement son choix, au supermarché du spirituel. C’est devenu facile, même si c’est simplement pour s’essayer un moment à autre chose, le frein de la pression sociale, du qu’en dira-t-on ?, ayant disparu en occident.

Je pense pourtant qu’il y a quelque chose de plus profond pour ne pas dire inné dans cette curiosité superficielle. Les sciences et les religions, avec des objectifs et des moyens différents, cheminent sur les pistes du savoir, motivées par une identique quête de connaissance.

5 – Dogmatisme

En termes simples c’est une vérité définie, proclamée, imposée ; circulez il n’y a rien à discuter. C’est en somme une solution de facilité, plus besoin de se casser la tête à réfléchir, d’autres s’en sont occupé avant moi. Les générations suivantes n’ont plus qu’à faire confiance aux générations précédentes.

Faut-il voir derrière cet abandon d’une recherche personnelle la peur de perdre quelque chose par la remise à plat de questions fondamentales ? Est-ce un découragement devant l’ampleur et la difficulté de la tâche ? Pourtant, il me semble que les dogmes proclamés par l’Église sont le fruit de croyances, d’inspirations, et de longues discussions à un moment donné, dans un contexte donné, sur des textes hérités, et une tradition orale transmise.

Beaucoup de choses ont changé depuis certains conciles fondateurs, le dernier en date a du mal à entrer dans les esprits. J’ai cru comprendre que cela va prendre un siècle au moins, comme pour les précédents. Sommes-nous réellement condamnés à accuser toujours plus de retard entre les attitudes dogmatiques officielles et l’évolution des pratiques de la vie ordinaire qui va de plus en plus vite ? Peut-être oui, mais la lenteur de la réflexion en profondeur pour aplanir des divergences inévitables est aussi un « garde fou » contre le « toujours plus vite » qui fragilise l’Homme et peut-être l’existence même de l’Humanité.

R. Kirsch, septembre 2017

Le Sport

no326

Juin 2017 No 326

Le sport, ça peut évoquer :

    • Le grand spectacle des Jeux olympiques…
    • Les sports mécaniques, trial, quad, formule 1 avec beaucoup de bruit …
    • Une manif comme Courir pour Elles, finançant la lutte contre les cancers féminins…
    • Le tour de France ou autre grande course cycliste…
    • Le grand business du football entre les mains des investisseurs financiers…
    • La compétition, l’athlétisme, un entraînement…
    • Le Vendée Globe ou autre régate…
    • Le trail et les courses en haute montagne…
    • Les clubs de sport en tout genre…
    • Peut-être une randonnée…
    • Les matchs à la télé ?
    • Ou alors une simple promenade en pays mornantais ?

Si mon médecin me demande « faites-vous du sport ? », je réponds NON, car je n’ai jamais fait partie d’une équipe sportive ni pratiqué assidûment une discipline sportive dans un club. Et s’il me dit alors « ne bougez-vous pas ? », je précise que toute ma vie je n’ai jamais laissé passer une occasion pour jouer, je dis bien jouer, au ballon ou à tout autre activité pour me dépenser physiquement.

Tout jeune, jouant aux indiens en courant pendant des heures dans la forêt avec les copains. Jeune, en rigolant beaucoup aux divers jeux de ballon dans la cours du lycée. Jeune homme, en explorant les Alpes et en apprenant à skier entre amis au Club Alpin (que je ne classe pas dans les clubs sportifs !). En famille, quand c’était possible, en appréciant ensemble les plaisirs de la neige en hiver et les jeux d’eau en été. Plus vieux, en continuant à rire sur les pistes, skis aux pieds dévalant les pentes ou encore répondre avec enthousiasme à la demande d’un ami cherchant un équipier pour traverser l’Atlantique à la voile. Du moment que c’est avec quelqu’un ! Et vous, sportif ou pas ?

Vous trouverez peut-être une réponse en lisant le dossier de ce numéro, mais peu importe la réponse et la sémantique. Dès que je le peux, je me remue, je m’amuse, je joue, je suis heureux, et quand je Lui parle, je Lui dis souvent « Ton projet pour l’Homme, c’est bien son Bonheur ? » alors une certaine phrase répétitive « …que Ta volonté soit faite… », me parle différemment.

R. K.

Citoyenneté

no325

Mars 2017 No 325

Le dossier sur la citoyenneté me fait dériver instantanément sur l’actualité. Depuis la Grèce et la Rome antiques les choses ont-elles vraiment changé ? S’adresser aux citoyens et soumettre le pouvoir au vote, c’est toujours prendre le risque d’élire le plus persuasif, le plus crédible dit-on pour être moderne, plutôt que le plus véridique.

Mais au fait, est-ce bien de pouvoir qu’il s’agit ? Les médias et les candidats à la charge suprême de l’état n’emploient plus que ce mot « Pouvoir » alors que nous parlons de l’accession à la noble fonction de serviteur de la nation. L’aurions-nous oublié ? L’ont-ils oublié ? « Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde » (A. Camus).

Il me semble que la fonction présidentielle exige la vérité dont le citoyen a besoin pour affiner son discernement. Et la vérité n’appartient pas à Pierre ou à Paul, ni à un clan, ni à aucun parti. La vérité dont le citoyen a besoin pour se faire une vision juste des choses avant de faire un choix, s’impose par les faits et non pas par les opinions. Les médias sérieux s’attachent à traquer les faits, mais si aujourd’hui chacun s’improvise journaliste sur les réseaux sociaux, il n’y a plus de vérité, il ne reste plus que des rumeurs et au mieux des opinions.

S’exposer aux suffrages des électeurs c’est d’abord se confronter aux faits et non aux opinions. Accorder plus de poids aux opinions qu’à l’information c’est abandonner la réalité objective au profit des émotions, c’est succomber à la tentation du mensonge pour obtenir l’adhésion plutôt que la réflexion. Informons-nous donc par tous les moyens, confrontons nos idées et prions Dieu pour qu’il nous accorde le discernement.

« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible » (A. de Saint-Exupéry)

R. Kirsch.
Toute l’équipe rédactionnelle vous souhaite de joyeuses Pâques

Argent, Pouvoir, Richesses, bonheur ?

no324

Décembre 2016 No 324

Posséder plus me rendra-t-il plus heureux ?

« Heureux et posséder, rien à voir » me réponds du tac au tac une jeune fille de 16 ans ; cependant pourquoi possédons-nous tous des biens auxquels nous sommes plus ou moins attachés, pour notre bonheur ou notre malheur ?

Sous le titre « Les objets sont en vie », je peux lire dans ce numéro :

    • « les objets font partie de ma vie »
    • « les objets font ma vie »
    • « les objets sont ma vie »

En paraphrasant le titre, je constate aussi que « les objets sont envie »

Il n’est pas facile de résister à toutes les sollicitations quotidiennes d’achat, surtout en cette période de l’année. S’inonder de superflu, n’est-ce pas aussi s’encombrer de soucis et de tracas matériels inutiles et chronophages ? Il me semble nécessaire d’avoir une ligne de défense contre les attaques des slogans de la publicité omniprésente qui manipule notre manière de penser. Alors, quel rempart mettre en place pour protéger notre vie contre la surabondance de biens matériels ?

En d’autres mots, comment rester soi-même ? Quels sont nos besoins indispensables ? Comment avoir la perspicacité indispensable pour distinguer le nécessaire de l’encombrant superflu ? « Les objets sont ma vie » alors choisissons-les en pleine conscience, en accord avec nos convictions profondes. Quant au bonheur, il est ailleurs …

Un bel exemple, parmi d’autres, nous est donné dans ce numéro par une équipe de quatre compagnons du groupe scout de Saint-Genis-Laval investi dans un projet humanitaire avec « Komanu France-Bénin ». Leurs témoignages nous disent :

« … ils ont réussi à mener à bien leur projet »
« … chacun a pu progresser »
« … une belle action de partage »

Joyeux Noël, R.K

La miséricorde

no323

Septembre 2016 No 323

Miséricorde, mon dictionnaire !

    • Compassion pour la misère d’autrui, qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui.
    • Commisération qui fait prendre part ou intérêt à la misère, aux malheurs d’autrui.
    • Générosité entraînant le pardon, l’indulgence pour un coupable, un vaincu.
    • Clémence, Pardon, Bonté par laquelle Dieu fait grâce aux hommes,
      attribut de Dieu, considéré comme l’Être suprêmement bon.

Ses contraires : cruauté, dureté, indifférence, insensibilité.

Foin de toute considération sémantique, philosophique, théologique, ou de droit canon, je suis bien satisfait avec le dernier semblant de synonyme. Rapprocher la miséricorde de la bonté, un mot bien ordinaire que l’on ose à peine utiliser de nos jours pour ne pas paraître désuet, cela me plaît.

La bonté, ce mot sous lequel je peux lire dans mon dictionnaire favori  » se dit d’une personne portée à considérer, traiter les autres d’une façon favorable, en s’abstenant de leur nuire, et surtout en œuvrant pour leur épanouissement vital, aux dépens même de ses propres intérêts «  me convient très bien. Je vois que ça nécessite la clémence, l’indulgence et le pardon. Et cela m’éloigne de la dureté de jugement et de l’indifférence. La bonté, de plus, c’est facile à retenir, il est facile d’en parler aux enfants, ça sonne bien à mes oreilles, ça me convient très bien. Marchons comme ça.

Note sur mon dictionnaire favori :

Quand je suis perdu dans ma propre langue, pour éclairer ma chandelle je consulte le CNRTL (Centre National de Recherche Textuelle et Linguistique), le trésor de la langue française. On y trouve la lexicographie, l’étymologie, les synonymes, les antonymes la concordance dans des phrases et plus encore. www.cnrtl.fr/lexicographie/miséricorde

Robert kirsch

La vie as-t-elle un sens ?

no322

Juin 2016 No 322

Le Maître dit : 

À quinze ans je me consacrais à l’étude, à trente je me suis perfectionné. À quarante ans, les doutes ont cessé. À cinquante ans, j’ai connu la volonté du Ciel. À soixante ans, l’oreille est devenue obéissante. À soixante-dix ans, je peux suivre les désirs de mon âme sans enfreindre les règles.   Confucius, Dialogues, II, 4     

Je suis un passant.

Un de ces passants parmi plus de sept milliards de passants qui me donnent le vertige. Je suis né, je vis, et je sais que je vais mourir comme le savent tous ces autres passants. La flèche du temps est à sens unique et n’autorise pas de marche arrière, mais je sais que mon aventure unique, le fait d’avoir vécu cette vie, est un fait éternel ; à l’échelle de l’humanité, une étincelle éphémère et différente de toutes les autres aura existé… pour toujours.

Aurai-je donné de la couleur à cette étincelle de vie ? Aura-t-elle amusé quelqu’un, ou soulagé un autre ? Donné de l’amour à une personne ou du bonheur à une autre ? Je vois que je peux choisir ou non de donner du sens à ma vie.

R. K

Le silence

no321

Mars 2016 No 321

J’aime le silence

J’aime le silence, je l’aime de plus en plus avec les années qui passent. Je me souviens avoir eu souvent, à côté de moi, une radio allumée pendant que je lisais ou travaillait. Était-ce pour dévorer la vie par tous mes sens en même temps ou pour meubler un vide oppressant ou un travail ennuyeux ? Allons savoir, c’est de moins en moins le cas aujourd’hui où j’apprécie énormément un environnement silencieux et paisible.

    • Bonheur. Un bonheur que le silence de la nature. Il nous offre une multitude de bruits et de musiques à savourer en pleine conscience.
    • Phobie. Une phobie que la peur du silence. Très perceptible tous les jours chez la bavarde (je veux dire la télévision aux heures de l’info), où la crainte omniprésente de la moindre seconde de silence (je pourrais réfléchir par moi-même) nous abreuve de deux ou trois mesures de musique sans queue ni tête et sans aucun lien avec les informations diffusées.
    • Malheur. Un malheur que le silence des personnes. Un mur de silence, c’est très dérangeant, mais peut correspondre à une demande impérative, essentielle, à respecter dans la bienveillance ?
    • Mystère. Un mystère que le silence de Dieu. Même très simple et immédiate pour certains, la communication avec Dieu n’est pas facile pour d’autres, mais la prière s’apprend au fil des jours.
    • Interrogation. Une interrogation majeure que la voix du silence. Le silence tente de nous parler à l’oreille de l’âme, encore faut-il l’interroger et apprendre son langage. Passez quelques jours dans une Chartreuse pour en apprendre plus…

Je m’arrête là, nos rédacteurs se sont plus longuement exprimés sur le sujet dans ce numéro, qu’ils en soient chaleureusement remerciés. En attendant, je vous susurre à l’oreille « comme une musique, écoute le silence, c’est si beau ».

Bonne lecture et Joyeuses Pâques 2016 – R.K.

L'église pour notre temps

no320

Décembre 2015 No 320

(Quelques jours après un attentat terroriste meurtrier à Paris)

Voyage dans le temps ?

Un voyage dans le temps d’un très mauvais film de Science Fiction a débordé dans le réel.

Quand j’assiste à ce qui pourrait apparaître comme un affrontement de civilisations, d’affligeantes pensées me submergent… et mes pensées se télescopent : visions sanguinaires du moyen-âge défiant, avec la technologie d’aujourd’hui, notre pensée occidentale du 21e siècle imprégnée des Droits de l’Homme, pensée dominante, modernité ?

Des sentiments contradictoires, rage, colère, fureur, aigreur, dépit… dans ma tête se disputent la place avec miséricorde, compassion, attention à l’autre, pardon… qui sont le contraire de la violence ; celle subie à l’extrême jusqu’à l’exaspération et la mort mais aussi celle qui s’insinue sournoisement dans la banalité quotidienne, celle qu’on ne reconnaît pas toujours et qui trouve malheureusement son usage ordinaire aussi bien à l’Assemblée Nationale que dans nos familles. Je parle de la violence verbale qui nous entoure et qui alimente d’autres violences.

Mais cela me fait réagir et me conduit vers une action à ma portée. Avec mon voisinage, en famille, avec mes enfants, les parents, mes compagnons de travail, je vais faire reculer la violence verbale, vous savez, celle qui fait mal, celle que nous savons tous manier et qui nous manipule. À la place, et comme font les sportifs, avec de l’entraînement, je vais faire avancer la miséricorde, la compassion, l’attention à l’autre, le pardon. Ce sera Noël.

R. K

La Rentrée... Partir du bon pied

no319

Septembre 2015 No 319

Héritiers millénaires des Olmèques et des Aztèques, les Mayas d’Amérique centrale étaient fascinés par les calendriers et jonglaient avec des années de durées différentes, ils suivaient en effet

    • les années du « compte long » de 360 jours sur un comptage de 5125 ans
    • les années civiles solaires de 365 jours sur des cycles de 52 ans,
    • les années liturgiques de 260 jours sur le même cycle de 52 ans.

Sommes-nous tellement différents d’eux ? Pas tant que ça ! Ne suivons-nous pas, nous aussi, différents calendriers ?

    •     l’année civile,
    •     l’année scolaire,
    •     l’année fiscale
    •     et puis aussi selon notre culture et nos affinités
    •     l’année liturgique (catholique, orthodoxe…)
    •     l’année de l’hégire (lunaire 354 ou 355 j, 1437),
    •     l’année chinoise (luni-solaire, 4713),
    •     l’année juive (luni-solaire, 5776),
    •     et bien d’autres encore à travers le monde…

Alors, on continue comme avant, en ce début d’année scolaire ? II s’annonce entre autres événements, une Année Sainte de la Miséricorde (8 décembre 2015), une conférence sur le climat COPZI (présidée par la France à Paris du 30 novembre au 11 décembre) dont on espère quelques avancées significatives, et, tout chaud ces jours-ci dans la presse, les conclusions des Assises Chrétiennes de l’Écologie (Saint-Étienne, 28-30 août 2015) dans le souffle de l’encyclique « Laudato  Si » du pape François, un appel en faveur d’une écologie intégrale, une charte de l’écologie dans la pratique chrétienne d’aujourd’hui. . .

Alors, on continue comme avant ? Pas du tout, relevons nos manches et rien ne sera plus comme avant !

Robert Kirsch

Le droit à la dignité et au respect

no318

Juin 2022 No 318

Lorsque notre environnement nous apporte Ia prospérité et l’aisance matérielle, serait-il plus facile d’être ouvert aux autres, de les respecter dans leur différence, dans la dignité a laquelle tout un chacun aspire ? A contrario, des temps plus difficiles, avec chômage et précarité accrus, sont-ils source de repli sur soi et d’intolérance ?

Toujours est-il que, dans l’incapacité d’en décortiquer les causes ou l’enchaînement de comportement pernicieux, il semble que nous assistions dans le village planétaire qu’est le monde aujourd’hui, a la négation de plus en plus fréquente des droits élémentaires 8 une vie décente, au respect et à la dignité, parfois à la vie tout court de groupes humains entiers. Et c’est le fait, aussi bien de certains détenteurs du pouvoir, que d’individus isolés, nous-mêmes parfois.

Les vacances se profilent. Que l’on ait la chance de partir ou que nous restions à la maison, nous trouverons bien des temps de repos pour réfléchir a notre attitude vis-à-vis des autres. Devant les beaux paysages que nous aurons la joie de contempler, n’oublions pas le respect que nous devons à la Nature si généreuse.

Robert Kirsch

 

Articles non publiés par manque de place

L’Église « marcher ensemble »

no346

Juin 2022 No 346

Vers plus de simplicité

Jadis, les chrétiens s’endimanchaient pour se rendre à la messe dominicale.

Plus maintenant.
Heureusement.

On pourrait se poser la question « Et si l’Église en faisait autant, notamment dans ses célébrations ? ». Un peu plus de simplicité, ça ne ferait pas de mal. À la première messe, Jésus ne s’est pas déguisé. Il a même quitté son vêtement pour laver les pieds de ses amis.
Il se trouve que, par la suite, les hommes d’Église se sont crus obligés d’établir tout un protocole, un décorum autour de ces célébrations. De simple, la messe est devenue compliquée. Le vocabulaire est devenu savant, souvent incompréhensible pour les non initiés. Les gestes ont été codifiés.

Pour quelle raison ? Est-ce pour impressionner le peuple ? Pour affirmer la supériorité des clercs sur les laïcs ?
C’est un fait que la tentation du cléricalisme n’a pas cessé tout au long des siècles. Et, après le vent de liberté apporté par le concile Vatican II, cette tentation est peut-être en train de renaître. Notre pape François en tous cas nous met en garde. D’ailleurs, nous les laïcs, nous ne sommes pas à l’abri non plus et participons souvent à cette tendance.

Le retour aux sources de l’Évangile nous conduit vers la simplicité, à commencer par l’accueil du plan de Dieu par Marie.
Jésus n’a été sévère, ni avec la Samaritaine, ni avec la femme adultère, ni avec le jeune homme riche, ni de façon générale avec les pécheurs. Il a été sévère avec les pharisiens et docteurs de la loi qui imposaient leurs nombreuses pratiques compliquées aux gens du peuple.

À notre époque où la société civile se dirige vers plus de simplicité dans les relations quotidiennes, l’Église ne pourrait-elle pas en profiter pour en faire autant ? A nous de réfléchir à de possibles aménagements, et sans doute à beaucoup plus que cela.

A. Denis, juin 2022

 

L’Église « marcher ensemble »

no346

Juin 2022 No 346

Ensemble sans langue de bois

Préalable : Les citations sont de Jean-Claude Hollerich (J-C. H.), archevêque du Luxembourg, cardinal, rapporteur général du Synode de 2023, ancien missionnaire au Japon, jésuite, extraites de son interview de janvier 2022 à Rome, et de Sylvain Bataille (S. B.) évêque de Saint-Étienne dans « La Lettre de l’Église de Saint-Étienne » n°97 d’avril 2022.

En me livrant au passage à quelques réflexions personnelles, je rapporte ici des paroles d’évêque qui me touchent, car elles m’ont l’air de mesurer l’ampleur de la conversion à entreprendre par l’Église dans son ensemble : la hiérarchie, les clercs et les laïcs du 21e siècle.

Jean-Claude Hollerich, estime à juste titre que ce n’est pas le message de Jésus qu’il faut changer mais la façon de l’exprimer. « Pour être entendue, l’Église doit changer de méthode » dit-il. Je vois aussi que de très nombreux baptisés catholiques n’accrochent plus au langage en usage dans les rites ou dans l’enseignement de l’Église. Les mots utilisés leur paraissent ou archaïques, ou incompréhensibles, ou incompatibles avec les savoirs d’aujourd’hui.

Changer le discours

J-C. H. : Lorsque, jeune prêtre, je suis arrivé au Japon, cela a été un grand choc. … J’ai dû faire abstraction de toutes les piétés qui constituaient jusqu’alors les richesses de ma foi, renoncer aux formes que j’aimais. Ou bien je renonçais à ma foi parce que je n’en retrouvais pas les formes que je connaissais, ou bien j’entamais un voyage intérieur. J’ai choisi la seconde option. Avant de pouvoir Le proclamer, j’ai dû devenir un chercheur de Dieu. Je disais avec insistance : « Dieu, où es-tu ? Où es-tu, aussi bien dans la culture traditionnelle que dans le Japon postmoderne ? ». En rentrant en Europe, il y a dix ans, j’ai dû recommencer. … Aujourd’hui, dans cette Europe sécularisée, je dois refaire le même exercice : chercher Dieu. … Nous savons désormais que nous sommes et que nous serons une minorité. Il ne faut ni s’en étonner ni s’en lamenter. J’ai la douce certitude que mon Seigneur est présent dans l’Europe actuelle.

Jeunes générations

Dans ma jeunesse en Moselle, pour beaucoup de pratiquants, « la messe » se résumait à un rituel important indispensable, rythmant les semaines et les saisons. Pour Sylvain Bataille, évêque de Saint-Étienne, les jeunes générations « éprouvent des difficultés à être accueillis [dans l’Église] pour ce qu’ils sont, à y trouver leur place, à être entendus ». Elles sont pourtant l’avenir du peuple de Dieu.

Atouts des jeunes

S. B. : Voulons-nous des jeunes dans nos assemblées ? Pour eux ou pour nous ? L’enjeu est-il de remplir nos bancs ou de les aider à découvrir Jésus-Christ, à exprimer leur foi dans l’Église ? Acceptons-nous qu’ils soient différents de nous, avec d’autres sensibilités, une autre approche de la foi, du sacré, de la liturgie, de l’intériorité, de la fraternité, du rapport au monde. … On ne peut pas demander aux jeunes de se contenter de prolonger ce que font les plus anciens. Ils ont une connaissance de la culture contemporaine qui fait d’eux les meilleurs apôtres des jeunes, car ils parlent leur langage, ils ont leurs codes. Sommes-nous prêts [l’Église est-elle prête] à leur faire confiance, à accepter qu’ils fassent différemment ? Ils sont forcément un peu dérangeants. Acceptons-nous qu’ils nous dépassent, à la manière de Jean-Baptiste quand il parle de Jésus : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue ».

Visiblement, le pasteur d’aujourd’hui ne peut pas se contenter de chercher comment ramener au bercail la brebis perdue. Il a la difficile tâche d’inventer une parole qui puisse être entendue par l’immense peuple de baptisés qu’il ne voit pas dans ses offices, et poser des actes qui rendent l’Église visible attractive pour les nouvelles générations.

Pertinence du message

J.-C. H. : Je ne sais pas s’il y a une sagesse de l’âge. Je serais content s’il y en avait une ! Mais au fond, l’on fait toujours les mêmes bêtises, et on se heurte toujours à un même mur. Au moins, on sait que le mur est là, et que ça va faire mal. Je sais aussi désormais que je ne suis qu’un instrument du Seigneur. Il en existe beaucoup d’autres. Cette conscience me pousse à avoir toujours un peu de suspicion à l’encontre de tous ceux qui disent avoir la recette imparable pour annoncer Dieu.
L’homme n’a pas changé depuis deux mille ans. Il est toujours en quête du bonheur et ne le trouve pas. Il est toujours assoiffé d’infini et se heurte à ses propres limites. Il commet des injustices qui ont des conséquences graves pour d’autres personnes, ce que nous appelons le péché. Mais nous vivons maintenant dans une culture qui a tendance à refouler ce qui est humain. … Pourtant, dans des moments de crise, de choc, les hommes se rendent bien compte que tout un tas de questions dorment au fond de leur cœur.

Comprendre l’autre pour être écouté

J.-C. H. : Parlons-nous pour nous-mêmes, pour nous assurer que nous sommes du bon côté ? Est-ce pour rassurer nos propres fidèles ? Ou parlons-nous pour être entendus ? …
Je pense que, même si cela n’est pas forcément conscient, l’Église a l’image d’une institution qui sait tout mieux que les autres. … Il lui faut donc une grande humilité, sans quoi elle ne peut pas entrer dans un dialogue. Lorsqu’un discours ne porte plus, il ne faut pas s’acharner mais chercher d’autres voies. … Nous devons présenter le message de l’Évangile de telle manière que les gens puissent s’orienter vers le Christ.

Crédibilité et confiance perdues

J.-C. H. : Il faut une Église structurée de telle manière que ces choses-là [les scandales de pédophilie] ne soient plus possibles. Si l’on avait donné plus de voix aux femmes et aux jeunes, ces choses-là auraient été découvertes beaucoup plus tôt. … Elles [les femmes] ne sont pas à la périphérie de l’Église, elles sont au centre. … Il faut les écouter, comme, d’ailleurs, le reste du peuple de Dieu. … Il faut que des laïcs et des femmes aient leur mot à dire dans la formation des prêtres. Former des prêtres est un devoir pour l’Église entière, et donc il faut que l’Église entière accompagne cette étape, avec des hommes et des femmes mariés et des célibataires.

Je pense qu’en France aujourd’hui, la très grande majorité des catholiques (peut-être 95 % des baptisés) affirment la présence de Dieu dans le quotidien de leur vie par leurs actions dans la société, leur investissement dans les associations, promouvant partout les valeurs chrétiennes liées à l’amour du prochain, sans éprouver le besoin d’une participation à la vie de l’Église. J.-C. H. nous confie « J’ai la douce certitude que mon Seigneur est présent dans l’Europe actuelle », ce que je crois aussi. Pourtant, des chrétiens que je connais fuient « l’institution Église », pour marquer leur incompréhension vis-à-vis de celle-ci ou la désapprobation de ses méthodes.

Célibat des prêtres

J.-C. H. : En ce qui concerne le célibat, dans la vie sacerdotale, demandons franchement si un prêtre doit nécessairement être célibataire. J’ai une très haute opinion du célibat, mais est-il indispensable ? J’ai dans mon diocèse des diacres mariés qui exercent leur diaconat de manière merveilleuse, font des homélies par lesquelles ils touchent les gens beaucoup plus fortement que nous, qui sommes célibataires. Pourquoi ne pas avoir aussi des prêtres mariés ? Et même, si un prêtre ne peut plus vivre cette solitude, on doit pouvoir le comprendre, ne pas le condamner. Moi, maintenant, je suis vieux, cela me concerne moins…

Espoirs du synode

Si dans le passé on pouvait considérer le discours religieux et le monde comme stables, statiques, figés pour l’éternité, aujourd’hui au cours d’une seule génération nous assistons à des changements majeurs dans nos modes de vie. Découvertes scientifiques et réussites technologiques font vaciller nos certitudes et nos croyances. Il n’est plus possible de répéter à nos contemporains les textes anciens traduits mot à mot du grec ou du latin. La langue change de génération en génération, parents et enfants n’utilisent plus les mêmes mots, ou leur donnent un sens différent. J’estime aussi qu’un discernement entre mythes, légendes, rhétorique et sens s’impose dans les textes canoniques lors du passage d’une foi d’enfant à une foi d’adulte.

J.-C. H. : [Comme rapporteur du Synode], je dois être celui qui doit écouter. Ainsi, ce sont les gens qui doivent remplir ma tête et les pages. C’est cela le synode. … Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter de donner des ordres du haut vers le bas. … La différence [avec le passé] est que cette fois, le changement de civilisation a une force inédite. C’est pourquoi il nous faut un nouveau langage qui doit être fondé sur l’Évangile. Or, toute l’Église doit participer à la mise au point de ce nouveau langage : c’est le sens du synode.

À mon avis, la plus grande difficulté à surmonter se trouve dans l’extrême centralisation de l’Église et de la grande inertie aux réformes de la gérontocratie vaticane. Le temps de la théologie se compte en siècles ou en millénaires (11 siècles pour inventer le purgatoire) alors qu’aujourd’hui, l’ajustement du discours évangélique aux diversités sociétales devrait se faire en continu, à l’échelle des décennies !

R. Kirsch, juin 2022

Foi, Religion Croyance

no327

Septembre 2017 No 327

Cinq mots sur la table de discussion

1 – Foi

La foi peut-elle reposer sur l’intellect ou seulement sur le sentiment et l’émotion ? Jean-Paul II en 1998, dans Fides et Ratio (la foi et la raison), distinguant foi et croyance, mettait en avant l’usage de notre intelligence :  « la croyance c’est l’abandon de la raison, l’abandon de la foi cherchant l’intelligence ».

D’où vient-elle, est-ce un don ? Ma foi, je peux dire que pour moi, elle ne fonctionne pas en tout ou rien et son périmètre est mouvant. Elle ne cesse d’évoluer. Celle de mon enfance est enterrée depuis belle lurette et celle de la jeunesse est recouverte en partie par celle de l’âge mûr. Il s’en suit que ma foi personnelle est comme pour de nombreux croyants, je suppose, un ensemble de croyances diverses en Dieu, au surnaturel, en un idéal, à des dogmes. J’entends d’ailleurs fréquemment de nombreuses variantes personnelles sur le dosage entre la croyance en Dieu et la croyance ou non aux dogmes.

Que le contenu de ma foi et sa signification fasse l’objet de ma recherche spirituelle me paraît aller de soi comme quelque chose d’ordinaire ou de naturel. De même, j’ai la conviction profonde que je quitterai cette terre, sans beaucoup de certitudes, mais avec confiance, sans avoir compris grand-chose à ce qui m’attend ni à ceux qui m’attendent. Cela m’étonne d’ailleurs d’avoir ainsi confiance dans l’inconnu. Il y a une part d’optimisme aveugle, mais dans le fond, c’est moins surprenant si je considère que j’ai confiance en Quelqu’un que j’ai l’impression de connaître un peu par ses témoins.

Au moment où j’écris ces lignes, se tient du 18 au 24 août à Abondance, Haute Savoie, l’Université d’été des jeunes catholiques de Lyon sur le sujet de la foi. Il s’agit de les aider à y voir clair, à savoir où et comment trouver les réponses à leurs questions. Le Père Martin Charcosset, l’un des organisateurs, explique « ils [les participants] acquièrent un peu plus d’autonomie dans leur rapport à la foi, développent le goût de la recherche intellectuelle qui s’affranchit des réponses toutes faites » .

2 – Religion

Qui dit religion, dit système institutionnalisé de croyances et de pratiques propres à la communauté qui y adhère. Croyances et religions sont associées pour se conforter les unes les autres. Cela a quelque chose à voir avec la notion de sacré. Mais alors que le terme sacré a un équivalent dans toutes les langues, sur tous les continents, il semble que le concept de religion, se réclamant d’universalité, n’est que strictement occidental, issu du bassin méditerranéen. La religion suppose la croyance en la révélation d’une Vérité éternelle et l’entretien d’une relation avec le surnaturel. Dans les religions monothéistes en particulier, elle se traduit par la croyance en un Dieu en qui on accorde sa confiance : la foi en

  1. Une révélation par les témoignages de l’expérience mystique et prophétique accumulés pendant des millénaires, ou par un messie.
  2. Une vérité éternelle débarrassée des styles de narration et des modes de pensée du moment. Vérité cachée transmise oralement et sous-jacente aux textes sacrés rédigés, recopiés, complétés, traduits et transmis par des générations d’hommes. Il n’y aura, pour moi, jamais de certitude absolue, ni de service clé en main, sans recherche personnelle.
  3. Une relation avec le surnaturel par une communion avec Dieu, avec les générations passées, dans la prière. La chrétienté a laborieusement diversifié et formalisé, comme elle a pu, ces pratiques au fil des siècles.

La traduction de mes croyances, de ma religion, de ma foi, c’est ma vie, c’est ma trajectoire. Je ne parle pas en votre nom, ni à votre place, mais vous avez la parole.

3 – Croyance

Un besoin de croire au surnaturel ? Les croyances de l’Humanité au surnaturel me paraissent exister depuis la nuit des temps. Convictions non validées par la raison, issues de la confiance en la personne qui les transmet, faut-il les assimiler à un besoin social, un besoin fondamental de l’Homme au vu de sa fréquence ? Un besoin affectif attrayant pour beaucoup d’entre nous ? Il est vrai que chacun peut entretenir ses propres croyances, mais dès lors que l’on se rassemble entre personnes partageant les mêmes convictions, il est plus facile de les entretenir et elles semblent ainsi se renforcer.

C’est d’ailleurs un des problèmes majeurs des réseaux sociaux où des millions de personnes peuvent partager et diffuser une fausse rumeur. Elles y croient de plus en plus à mesure que le nombre des partages augmente et que le contenu corresponde à une idée qui leur convient ; on est aux antipodes de la vérité. Le phénomène étant bien connu et étudié, des lanceurs de fausses nouvelles s’en servent avec succès pour jeter le discrédit sur une information vraie qui les gêne.

4 – Vérité

La recherche de la vérité est-elle encore à l’ordre du jour ? Jacques Bouveresse se demande « Est-ce une indifférence, devenue presque complète, à la question de la vérité qui vaut à la religion ce regain de sympathie et de prestige qu’elle connaît [dans certains milieux] plutôt qu’un désir plus grand de vérité ?  » Autrement dit la motivation, de beaucoup de demandeurs de spiritualité, ne serait pas la recherche de la vérité, mais le besoin d’une religion quelconque, combinée à une dose d’ignorance de ce qu’elle est, et d’indifférence envers son contenu doctrinal.

Il n’est pas évident de faire l’effort de s’expatrier pour bénéficier d’un système politique qui nous conviendrait mieux que celui du pays où l’on vit, mais aujourd’hui, pour changer de système de croyances (de vérités), chacun peut s’expatrier facilement dans un ailleurs en faisant librement son choix, au supermarché du spirituel. C’est devenu facile, même si c’est simplement pour s’essayer un moment à autre chose, le frein de la pression sociale, du qu’en dira-t-on ?, ayant disparu en occident.

Je pense pourtant qu’il y a quelque chose de plus profond pour ne pas dire inné dans cette curiosité superficielle. Les sciences et les religions, avec des objectifs et des moyens différents, cheminent sur les pistes du savoir, motivées par une identique quête de connaissance.

5 – Dogmatisme

En termes simples c’est une vérité définie, proclamée, imposée ; circulez il n’y a rien à discuter. C’est en somme une solution de facilité, plus besoin de se casser la tête à réfléchir, d’autres s’en sont occupé avant moi. Les générations suivantes n’ont plus qu’à faire confiance aux générations précédentes.

Faut-il voir derrière cet abandon d’une recherche personnelle la peur de perdre quelque chose par la remise à plat de questions fondamentales ? Est-ce un découragement devant l’ampleur et la difficulté de la tâche ? Pourtant, il me semble que les dogmes proclamés par l’Église sont le fruit de croyances, d’inspirations, et de longues discussions à un moment donné, dans un contexte donné, sur des textes hérités, et une tradition orale transmise.

Beaucoup de choses ont changé depuis certains conciles fondateurs, le dernier en date a du mal à entrer dans les esprits. J’ai cru comprendre que cela va prendre un siècle au moins, comme pour les précédents. Sommes-nous réellement condamnés à accuser toujours plus de retard entre les attitudes dogmatiques officielles et l’évolution des pratiques de la vie ordinaire qui va de plus en plus vite ? Peut-être oui, mais la lenteur de la réflexion en profondeur pour aplanir des divergences inévitables est aussi un « garde fou » contre le « toujours plus vite » qui fragilise l’Homme et peut-être l’existence même de l’Humanité.

R. Kirsch, septembre 2017

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